Campings français: le bilan de la SAISON 2021

Rédaction - 20/10/2021

BILAN 21 OUV

Un ascenseur émotionnel permanent. C’est ainsi que les gestionnaires de camping résument cette saison 2021 qui a priori ne pouvait pas être pire que la précédente. Si d’un point de vue comptable, elle s’est révélée plutôt bonne voire meilleure que 2020 et 2019, elle a été malgré tout compliquée à piloter. On retiendra un lancement de saison stressant en raison de la situation sanitaire, des étrangers qui sont revenus mais moins nombreux qu’en 2019 (sauf les Britanniques, quasiment absents). Des Français qui eux étaient bien là, surtout en août. Et surtout une météo très défavorable pour le camping, en particulier dans la moitié nord de la France. Ah oui, on oubliait : on retiendra tout particulièrement la difficulté constante à trouver du personnel pour travailler sereinement…

Nouvelle-Aquitaine: sur une bonne vague

NOUV AQUITAINE

Au Comité régional du tourisme (CRT) de Nouvelle-Aquitaine coiffant douze départements, Antony Demelle, résume : « Sur l’HPA, on a de très bons résultats, 99 % des acteurs du littoral se disent satisfaits, voire très satisfaits de leur saison, et 80 % pour l’intérieur des terres, sachant que les campings en périphérie des villes, ont été plus boudés que d’habitude. »

Au final, l’arrière-saison a été plombée par les mesures relatives au Covid mais la haute saison a souri à tous, portée par une écrasante majorité de clientèle française. « Et un retour des clientèles étrangères, Allemands, Belges, Espagnols et Néerlandais », souligne le CRT. Autre enseignement, 64 % des sondés déclarent une hausse du chiffre d’affaires en juillet et août par rapport à 2019.

Très en pointe sur les données, RMD Technologies fait part pour les Landes, d’un taux d’occupation de 82 % en juillet, et 87 % en août, soit une hausse de 9 points sur la haute saison par rapport à 2019. C’est le département champion de la Nouvelle-Aquitaine. Enthousiaste sur le bilan, le président du SDHPA des Landes François Champetier de Ribes confirme : « Les réservations ont commencé mi-avril, dès le lendemain de l’annonce du Premier ministre qui a assuré que les Français pouvaient partir en vacances. Même sur les week-ends de mai, certains campings étaient complets. La haute saison fut exceptionnelle. Depuis la reprise de mon camping en 2009, je n’ai jamais connu de tels résultats, même la niche du chien, la baignoire des vaches tout étaient loué ! On aurait eu 100 à 150 locatifs de plus certaines semaines, on aurait loué, tellement on a eu d’appels, c’était incroyable ! »

On voit donc que les Landes, premier département français où le variant Delta est apparu en France, n’a pas subi la frilosité des vacanciers. Fin juin, l’Agence régionale de santé et le SDHPA des Landes ont monté diverses opérations comme la distribution gratuite d’autotests dans les campings pour le personnel ou l’organisation de séances de vaccination pour les saisonniers. Le président du syndicat poursuit : « J’ai conseillé aux adhérents d’appeler chaque client avant leur arrivée pour leur rappeler les règles en vigueur. Chez moi, les clients arrivaient en brandissant leur téléphone et lançaient en souriant “je suis valide !”». Autre singularité observée par François Champetier de Ribes : « Cet été les clients étaient contents, mignons, adorables. Franchement, et cela ressort de partout dans les Landes, je n’ai pas eu un seul rouspéteur ! » 

Néo-campeurs en caravane

Autre département, surfant sur la bonne vague, la Gironde, avec des progressions par rapport à 2019, de 8 points en termes de taux d’occupation en juillet de 67 %, en août, de 70 %. Le questionnaire lancé par la directrice du SDHPA 33, Séverine Bagnariol, confirme ces données et donne en sus un éclairage sur le chiffre d’affaires, en hausse chez 74,2 % des répondants en juillet et 51,5 % en août. Notant au passage la faiblesse des annulations en lien avec le pass sanitaire.

Lionel Pujade, le président du syndicat de la Gironde à la tête du camping Ker Helen, au Teich, sur le bassin d’Arcachon (4 étoiles, 140 emplacements) confirme : « Pour mon camping, je devrais conclure avec 6 à 7 % de mieux par rapport à 2019. Cette année, on a fait une très, très bonne avant-saison avec une ouverture le 2 mai, et un mois de juin en hausse de 10 %. » Et de constater un changement de comportement : « Les vacanciers sont davantage allés à la plage, ont fait du vélo, ont eu envie de respirer la nature plutôt que rester au camping. En outre, ils ne se sont même pas aperçus du mauvais temps tellement ils étaient heureux d’être en vacances ! L’après saison se présente bien. Le 28 août, j’avais encore trente arrivées sur les locatifs. »

Dans les Pyrénées-Atlantiques, toujours selon RMD Technologies, les taux d’occupation ont grimpé à 77 % en juillet et 80 % en août, soit une hausse de 9 points par rapport à 2019. Le président du SDHPA 64, Loïc Péron, analyse : « Par rapport à 2019, on fera une saison entre identique et meilleure. Les locatifs ont très bien fonctionné. Ce fut plus difficile pour les emplacements nus. Jusqu’au 7 août il y avait de la disponibilité. Dans le Béarn, ça a été très dur, ça s’est réveillé à la fin juillet ». Le bilan pour son camping, Oyam (4 étoiles, 339 empl. à Bidart), s’élève à + 5 %, poussé par les locatifs en juillet et août. Dans la montagne basque, à Espelette, au camping Biper Gorri (4 étoiles, 154 empl.), Pauline Albino, a enregistré deux mois remplis à 100 %, elle terminera à moins 1 % de taux remplissage, mais avec deux mois de moins d’ouverture. Ici, aussi les néo-campeurs ont été nombreux. « Ils sont un peu stressés, on les a vus arriver avec des caravanes qu’ils ne savaient pas manœuvrer, c’était un sketch. Comme ils ne comprenaient pas la présence des grenouilles et encore moins des limaces sur leur emplacement, il aurait fallu les éradiquer pour leur faire plaisir ! »

Trop d’étrangers absents en Dordogne

En Dordogne, la directrice du SDPH Sandrine Vertut, estime pour sa part que « le début de saison a été mauvais, car 20 % de notre chiffre d’affaires est réalisé avec les étrangers, en particulier les Anglais, absents, et les Néerlandais, venus en août. Mais finalement, c’était quand même une bonne saison, quoiqu’en retrait par rapport à 2019. » Le bilan détaillé de la saison, Gé Kusters, gestionnaire du camping Le Paradis (5 étoiles, 213 empl. à Saint-Léon-sur-Vézère) l’a fait à titre personnel. « Par rapport à 2019, le mois de mai est en retrait de 70 %, juin à - 50 %, juillet négatif de 15 à 20 %, mais le mois d’août est bien meilleur ! Nous étions archi-complets du 25 juillet au 22 août. Depuis l’an dernier, les Français qui jusque-là représentaient entre 20 et 25 % de la clientèle, sont devenus leaders avec les Néerlandais. En 2021, de mai au 1er septembre, sur un total de 1 800 séjours réalisés, 44 % émanaient de Français et 35,6 % de Néerlandais. En revanche, sur le total de 42 400 nuitées, 30,4 % étaient françaises et 54,6 % néerlandaises. Sur la période, le taux d’occupation est de 47 %, le chiffre d’affaires est en retrait de 15 % par rapport à 2019. L’an dernier il était en baisse de moins 25 %. » Et d’analyser : « On est un camping à saison longue, ouvert habituellement du 1er mars au 20 octobre. L’avant et l’après saison représentent presque la moitié du chiffre d’affaires. Aussi, avec cette saison tronquée de deux mois, si l’on termine sur un chiffre d’affaires de - 10 à - 15 % par rapport à 2019, on sera content. »

Poitou-Charentes : prime à la fidélisation et au littoral

En Charente et Charente-Maritime, selon les données livrées par RMD Technologies, en juillet et août, le taux d’occupation pointait à 67 % en juillet et 71 % en août, soit un bond de 6 points par rapport à 2019.

La satisfaction est particulièrement élevée sur les îles. Présidente de l’Association oléronaise de l’hôtellerie de plein Air (AOHPA), Sylvie Chastenet, elle-même à la tête du camping Le Sous-Bois (3 étoiles, 138 empl. à Saint-Pierre-d’Oléron) dresse le constat suivant : « On a la chance d’être sur une île très sauvage, ce qui correspond aux envies des gens. En outre, ici la majorité des campings sont familiaux, ce qui reflète le besoin d’authenticité actuel. Personnellement, on devrait terminer la saison avec un petit plus par rapport à 2019. Aujourd’hui 8 septembre nous sommes encore complets, aussi bien en locatif qu’en emplacement nu. Et le mois de juillet sera, le meilleur, le meilleur depuis quinze ans ».

Toujours en Charente-Maritime, à l’intérieur des terres, au camping Val de Boutonne (3 étoiles, 99 empl.) à Saint-Jean-d’Angély, depuis le Covid, on a changé de stratégie pour séduire la clientèle française, passée de 65 à 85 % cette année. La propriétaire, Sibylle Paluzzano, détaille : « On a joué la carte des services, en ouvrant un snack, en proposant la location de linge, en ajoutant quatre mobile-homes premium dont chacune des deux chambres possède sa salle de bains. On fera mieux qu’en 2020, mais pas mieux qu’en 2019. »

Dans les Deux-Sèvres, au Domaine du Lidon (3 étoiles, 140 empl.), Sylvie Vergnaud s’annonce ravie : « Depuis la reprise du camping en 2018, le chiffre d’affaires progresse tous les ans de 20 à 25 %. La clientèle est à plus de 80 % française, et elle est fidèle. » Elle note le retour des caravanes avec un panel très varié, modèle dernier cri, vintage, mini…

 Enfin, pour le Limousin, carrefour des régions, entre Rhône-Alpes et Occitanie, Christian Graffeuil, président du syndicat qui chapeaute la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne, résume : « Par rapport au contexte Covid, c’est plutôt une bonne saison. En juillet, malgré le mauvais temps et des températures basses, la fréquentation était soutenue, et à plein pendant la dernière semaine de juillet et les trois premières semaines d’août. Ce qui a manqué à certains campings, c’est la clientèle de passage, l’absence d’habitués, comme les Belges qui remontaient d’Espagne et restent habituellement deux à trois jours. »